Apple débarque enfin dans le monde des smartphones pliables… après à peu près tout le monde. Et évidemment, pour son premier modèle, la marque veut frapper fort avec un écran magnifique. Sauf que pour fabriquer ce fameux écran, Apple est allée voir… Samsung. Oui, son grand concurrent.
Samsung serait le fournisseur exclusif de cette dalle OLED pliable, avec une commande qui tournerait autour de 3 millions d’unités. Et quelque part, c’est assez logique : s’il y a bien un domaine dans lequel Samsung maîtrise son sujet, ce sont les écrans. La marque a été l’une des premières à se lancer sérieusement dans le pliable et a eu plusieurs générations de smartphones pour perfectionner sa technologie.
Résultat : Apple récupère une dalle plutôt impressionnante, avec du 120 Hz ProMotion et une luminosité qui pourrait grimper jusqu’à 3 000 nits en extérieur. Bref, Apple arrive tard à la fête, mais au moins, elle a demandé à Samsung de lui garder une belle place à table.
Maintenant qu’on a gentiment posé l’ambiance, voyons ensemble ce que nous réserve vraiment ce premier iPhone pliable.
C’est vrai qu’Apple a souvent été un peu en marge lorsqu’il s’agit d’adopter certaines innovations. Et cette fois encore, la marque arrive assez tard sur un marché du smartphone pliable déjà bien installé et surtout très concurrentiel, avec l’incontournable Samsung, mais aussi de nombreuses marques chinoises qui ont pris plusieurs années d’avance.
Sur le pliable, Apple n’est donc clairement pas pionnière : elle arrive plutôt en suiveuse. Mais comme souvent avec la marque, la vraie question n’est peut-être pas de savoir qui est arrivé en premier, mais qui proposera l’expérience la plus convaincante. Alors, ce retard permettra-t-il à Apple d’arriver avec une proposition réellement plus pertinente ?
Un iPhone qui se transforme presque en iPad mini
Évidemment, tout l’intérêt de cet iPhone Duo se trouve dans son format. Une fois ouvert, on découvre un écran OLED pliable de 7,6 pouces, contre 5,4 pouces pour l’écran extérieur. On se retrouve donc avec un smartphone relativement compact lorsqu’il est fermé, qui peut presque se transformer en petit iPad lorsqu’on l’ouvre. Et Apple a surtout travaillé sur l’un des défauts historiques des smartphones pliables : cette fameuse pliure au milieu de l’écran.
Grâce à une nouvelle structure multicouche et à un traitement nano-texturé antireflet, Apple promet une pliure presque invisible lorsqu’on regarde l’écran de face. Attention quand même au miracle marketing : la physique n’a pas encore signé de contrat d’exclusivité avec Apple. Selon l’angle et la lumière, la pliure reste légèrement perceptible. Mais pour une première génération, Apple semble avoir particulièrement travaillé ce point.
Et surtout, l’iPhone Duo devient l’iPhone le plus fin jamais conçu, avec seulement 5,2 mm d’épaisseur lorsqu’il est ouvert et 11,3 mm une fois fermé. Pour éviter que ce joli morceau de technologie à plus de 2 000 € ne se transforme en origami au premier accident, Apple utilise un châssis en titane de grade 5, accompagné du Ceramic Shield 2. La charnière comprend quant à elle plus d’une centaine de composants. Le résultat est impressionnant sur le papier, même si les 254 grammes rappellent rapidement qu’on a quand même un beau bébé dans la poche.
La fiche technique de l’iPhone Duo
Sous cette carrosserie très fine, Apple installe sa nouvelle puce A20 Pro gravée en 2 nm, accompagnée du modem Apple C2. Les deux écrans profitent de la technologie OLED ProMotion jusqu’à 120 Hz et peuvent atteindre 3 000 nits de luminosité. Sur le papier, c’est donc très solide. Mais en regardant le tableau d’un peu plus près, quelques choix risquent de faire lever un sourcil.
Face ID disparaît : bienvenue dans le futur… avec Touch ID
Et là, on arrive à l’un des choix les plus surprenants de cet iPhone. Pour obtenir une telle finesse, Apple n’a pas réussi à intégrer tout le système TrueDepth nécessaire à Face ID. Résultat : Face ID disparaît au profit d’un Touch ID placé sur le côté.
Oui, nous sommes bien en 2026, sur un iPhone vendu plus de 2 000 €, et Apple nous présente le retour du capteur d’empreintes comme conséquence de son nouveau design. Ce n’est évidemment pas dramatique : Touch ID reste une excellente technologie et son placement latéral est même assez logique sur un smartphone pliable. Mais lorsqu’on connaît l’importance qu’Apple a donnée à Face ID depuis l’iPhone X, ce retour en arrière reste assez cocasse.
Même logique du côté de la photographie. On retrouve deux capteurs arrière de 48 Mpx, avec un objectif principal Fusion et un ultra grand-angle, mais aucun véritable téléobjectif. Le zoom 2x repose donc sur un recadrage du capteur principal plutôt que sur une optique dédiée. Pour un smartphone à ce niveau de prix, la concession commence à être beaucoup plus difficile à faire passer.
Et côté photo, Apple nous propose un choix assez difficile à avaler. L’iPhone Duo fait de bonnes photos, certes, mais il est moins bien équipé que les iPhone 18 Pro et Pro Max. Adieu le téléobjectif puissant, l’ouverture variable et les caméras avant plus avancées : pour réussir à faire rentrer tout ce petit monde dans son joli téléphone pliable ultra-fin, Apple a sorti les ciseaux.
On se retrouve donc dans une situation assez cocasse : dépenser au minimum 2 339 € pour acheter l’un des iPhone les plus chers jamais proposés… sans avoir ce qu’Apple fait de mieux en photo. Le grand écran et la finesse ont clairement été privilégiés au détriment de la polyvalence photographique.
Des compromis sur une première génération, pourquoi pas. Mais à plus de 2 000 €, le mot « compromis » commence doucement à ressembler à une façon élégante de dire : vous payez plus cher pour en avoir moins.
iOS 27 : là où Apple peut vraiment faire la différence
Parce qu’un téléphone qui se plie, c’est très joli pendant les dix premières minutes. Après, encore faut-il trouver une véritable utilité aux 7,6 pouces que l’on vient de déplier. Et c’est probablement ici qu’Apple peut devenir beaucoup plus intéressante.
iOS 27 a été spécialement adapté au format Duo. L’interface peut passer de l’écran externe de 5,4 pouces au grand écran interne sans rupture, avec une expérience pensée pour profiter réellement de cette surface supplémentaire. Apple ne veut donc pas simplement vendre un iPhone avec un écran qui fait clac : elle cherche à créer une expérience à mi-chemin entre l’iPhone et l’iPad.
Cela se retrouve notamment dans la photo. Avec Duo Camera / Preview, la personne photographiée peut voir directement le cadrage sur l’écran extérieur pendant que vous utilisez le grand écran. Le mode Smart Take peut automatiquement déclencher une photo lorsqu’il détecte que tout le monde est prêt et sourit. Une fonction Kid Cue peut même afficher des animations sur l’écran extérieur afin d’attirer le regard d’un enfant pendant la photo. C’est tout bête, mais typiquement le genre de petit usage qui peut rendre le deuxième écran réellement utile au quotidien.
Apple pousse même le concept jusqu’à FaceTime : lorsque l’iPhone est partiellement plié et posé entre deux personnes, les caméras peuvent permettre aux deux utilisateurs situés de chaque côté du téléphone d’apparaître simultanément auprès de leur interlocuteur. Ce sont finalement ces petits usages logiciels qui pourraient faire la différence face à des concurrents qui maîtrisent déjà très bien le matériel.
Autre petit détail plutôt sympa : les animations d’ouverture et de fermeture de l’écran sont particulièrement réussies. Apple accompagne le mouvement d’un joli effet de flou qui donne presque l’impression d’ouvrir et de refermer un livre. C’est fluide, élégant et très soigné. Ce sont de petits détails, certes, mais ils participent vraiment à cette sensation de finition premium que la marque maîtrise plutôt bien.
À force de vouloir faire fin, Apple commence à enlever des choses
C’est finalement tout le paradoxe de cet iPhone Duo. Apple semble avoir voulu absolument obtenir un appareil extrêmement fin et élégant, quitte à sacrifier plusieurs éléments que l’on attendrait normalement d’un smartphone aussi haut de gamme.
On l’a vu avec Face ID et le téléobjectif, mais ce n’est pas tout. Le bouton Action disparaît également et l’appareil passe au tout-eSIM, sans emplacement pour une carte SIM physique. Pris séparément, chacun de ces choix peut se défendre. Mis bout à bout sur un smartphone qui dépasse largement les 2 000 €, ils commencent quand même à faire beaucoup.
Et c’est là que la comparaison avec Samsung risque de devenir amusante. Apple arrive plusieurs années après ses concurrents sur le marché du pliable et profite donc, en théorie, du recul nécessaire pour observer leurs erreurs. On pourrait alors s’attendre à un produit qui arrive tard, certes, mais qui coche pratiquement toutes les cases. À la place, Apple propose surtout sa propre vision du pliable : extrêmement fine, très travaillée et probablement excellente côté logiciel, mais avec des concessions matérielles plutôt étonnantes.
2 339 € pour commencer… Apple n’est pas venue faire du social
Et maintenant, parlons du petit détail qui risque de remettre quelques pieds sur Terre : le prix. L’iPhone Duo démarre à 2 339 € en 256 Go. La version 512 Go grimpe autour de 2 599 €, tandis que le modèle 1 To atteint 3 089 €. Et si vraiment votre compte bancaire vous encombre, Apple propose même une version 2 To à 3 839 €.
À ce niveau-là, l’iPhone Duo n’est clairement pas pensé comme le nouvel iPhone de monsieur et madame Tout-le-monde. Apple en fait un produit vitrine, presque statutaire, destiné aux passionnés de technologie, aux professionnels qui pourraient réellement profiter du grand écran ou tout simplement à ceux qui veulent le nouvel objet Apple que tout le monde remarquera.
Le problème, c’est qu’à presque 4 000 € dans sa configuration maximale, les petites concessions deviennent soudain beaucoup moins petites. Pas de Face ID, pas de véritable téléobjectif et 254 grammes sur la balance : on peut accepter quelques compromis sur une première génération, mais à ce tarif-là, on a aussi parfaitement le droit de devenir très exigeant.
Apple arrive tard, mais peut-elle faire mieux ?
L’iPhone Duo est probablement l’un des produits Apple les plus intéressants depuis longtemps, justement parce qu’il oblige enfin la marque à sortir du format traditionnel de l’iPhone. L’écran de 7,6 pouces, la finesse de seulement 5,2 mm, le travail réalisé autour de la charnière et surtout l’intégration avec iOS 27 donnent une vraie personnalité au produit. Apple ne semble pas avoir simplement copié un Galaxy Fold en collant une pomme derrière.
Mais cette première génération montre aussi les limites de l’exercice. 254 grammes, Touch ID à la place de Face ID, aucun véritable téléobjectif et un prix qui démarre à 2 339 € : l’innovation a manifestement un tarif, et chez Apple elle voyage rarement en classe économique.

Finalement, la question n’est plus vraiment de savoir si Apple sait fabriquer un smartphone pliable. Visiblement, oui. La vraie question est de savoir si l’expérience proposée est suffisamment meilleure pour justifier d’arriver aussi tard… et surtout de demander autant d’argent.
Parce qu’après plusieurs années à regarder Samsung et les constructeurs chinois essuyer les plâtres, Apple n’a plus vraiment l’excuse de la première génération.
Quand on arrive dernier à la fête, mieux vaut avoir apporté une très bonne bouteille.

